Cabinet Bascou-Ranc
BULLETIN RAPIDE N° 26
10/2001
La décision du mois
Fichier informatique personnel e-mails mode de preuve (non).
Cass. soc., 2 oct. 2001, n° 99-42.942 FS P + B + R + I, SA Nikon France c/ Onof
Où lon reparle des mails des salariés
1 Notre inquiétude (B.R n°18, Février 2001) sur la portée de la protection notamment des e-mails ( courriels) ou fichiers privés se réalise. La Cour de cassation sest prononcée dans une affaire concernant la société Nikon et un salarié ingénieur.
Ce dernier avait accès à des informations sensibles. Il avait signé un accord de confidentialité lui interdisant de divulguer les informations dont il aurait connaissance dans le cadre de sa fonction. On peut alors comprendre la tentation de lemployeur de surveiller son activité. Lentreprise apprend que lingénieur entretient, pendant ses heures de travail, une activité parallèle. Licencié pour faute grave, il conteste la méthode utilisée par lemployeur, cest-à-dire, avoir pris connaissance de ses fichiers personnels.
Les juges vont lui donner raison en visant très solennellement larticle 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de lhomme et des libertés fondamentales, larticle 9 du Code civil (rappelant le droit à la vie privée), larticle 9 du Nouveau Code de procédure civile (imposant à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention) et larticle L 120-2 du Code du travail (rappelant que nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché).
Ils estiment en application de ces textes :
« ( ) que le salarié a droit, même au temps et au lieu de travail, au respect de lintimité de sa vie privée ; que celle-ci implique en particulier le secret des correspondances ; ( ) lemployeur ne peut dès lors sans violation de cette liberté fondamentale prendre connaissance des messages personnels émis par le salarié et reçus par lui grâce à un outil informatique mis à sa disposition pour son travail et ceci même au cas où lemployeur aurait interdit une utilisation non professionnelle de lordinateur ».
2 - La solution ne surprend guère mais il faut en saisir le caractère limité. Le débat, comme en atteste le visa de larrêt, portait en réalité sur le caractère licite du mode de preuve. En effet, pour caractériser les agissements fautifs du salarié, lentreprise sest, semble-t-il, fondée sur les mails transmis, mails dont elle a pris connaissance du contenu. Pour les juges, cest précisément cette dernière attitude qui est répréhensible, que le salarié ait été ou non informé préalablement de la possibilité de tels contrôles.
Aujourdhui, a minima, la rédaction dune Charte informatique est une nécessité pour fixer dentrée les limites dutilisation face à la diversité des situations. Lentreprise ne peut retenir comme mode de preuve la lecture quelle a faite dun fichier ou e-mail privé pour sanctionner une activité répréhensible du salarié.
Actualité législative et règlementaire
Suppression de la certification conforme
Les administrations de lEtat, des collectivités territoriales, les établissements publics, les entreprises et les caisses et organismes contrôlés par lEtat, ne peuvent plus exiger la production de copies certifiées conformes. En cas de doute sur lauthenticité du document original reproduit ou sur lauthenticité de la photocopie elle-même, le service ou lorganisme instructeur peut demander par lettre recommandée avec accusé de réception la production de loriginal. Dans le même temps, les fraudes et les tentatives de fraude sont passibles de sanctions pénales et peuvent conduire à la suppression de linstruction ou du retrait des droits dont le bénéfice était demandé.
D. n° 2001-899 et circ. du 1er oct. 2001, JO du 2 oct., p. 15521.
Chômage partiel
Dans le cadre des conventions visant à éviter les licenciements économiques ou à en réduire le nombre (art. D 322-13 et D 322-14 C. trav.), le taux maximum de prise en charge par lEtat des indemnités de chômage partiel versées par lemployeur est fixé à 100% pour les conventions signées jusquau 31 décembre 2001.
Arr. du 28 sept. 2001, JO du 29 septembre, p. 15375.
D. n° 2001-978 du 25 octobre 2001, JO du 28 octobre, p. 17010
2 nouveaux articles ( D. 213-1-1 et D. 213-1-2) sont introduits dans le Code de la sécurité sociale. Ils permettent aux 106 URSSAF et CGSS (dans les DOM) dopérer des contrôles hors du cadre strict de leur circonscription territoriale.
Des conventions générales ou spécifiques de réciprocité (entre URSSAF) vont être conclues. Le directeur de lAgence Centrale des Organismes de la Sécurité Sociale (ACOSS) sera chargé détablir ces conventions.
On en parle
Projet de loi de finances 2002
Le projet de loi de finances 2002 actuellement en discussion à lAssemblée comporte certaines dispositions relatives aux relations salariées. Le texte pérennise ainsi le dispositif des contrats de qualification adultes, formule ouverte jusquici à titre expérimental, aux personnes de plus de 26 ans. Le projet étendrait au réseau des ASSEDIC la possibilité de financer les actions de formation afférentes aux contrats conclus avec des demandeurs demploi dans le cadre dun plan daide au retour à lemploi. Le régime dexonération spécifique relatif aux contrats de qualification serait remplacé par des allègements de charges sociales liées à lARTT. A ces dispositions sajoute un volet relatif au contrat initiative emploi (CIE) restreignant le public visé. Seuls seraient désormais concernés les demandeurs demploi de très longue durée (plus de 2 ans de chômage), les demandeurs demploi inscrits au chômage depuis 12 mois sur les 18 derniers mois et qui sont âgés de plus de 50 ans ou qui résident en zone urbaine sensible, certains travailleurs handicapés, les bénéficiaires des minima sociaux, certains détenus ou anciens détenus en difficulté, certaines personnes en grande difficulté ne rentrant pas dans ces différentes catégories. Deux précisions importantes : dune part, les périodes durant lesquelles les intéressés ont bénéficié dun contrat emploi solidarité, dun contrat emploi consolidé ou dinsertion par lactivité économique, prolongeraient dautant la durée de la période de chômage requise ; dautre part, le régime dexonération spécifique attaché au CIE serait remplacé par les allègements de charges sociales liés à lARTT. Dans ce dernier cas, est prévu un niveau de primes destiné à maintenir un avantage supplémentaire au CIE par rapport au droit commun.
Actualité jurisprudentielle
Refus dexécuter une tâche non contractuelle
Cass. soc., 19 juin 2001, arrêt n° 2967 F+D
Il arrive parfois quun salarié refuse deffectuer une tâche confiée par son employeur. Dans une telle situation, les sanctions disciplinaires doivent être envisagées avec prudence. Il faut en effet sassurer que la tâche en cause entre bien dans le cadre des fonctions du salarié. La Cour de Cassation confirme par cette décision la nécessité de vérifier le lien entre la qualification du salarié définie au contrat et la tâche dont le salarié refuse lexécution. Si ce lien nexiste pas, lattitude du salarié ne devrait pas pouvoir justifier un licenciement.
Congés payés Maladie
Cass. soc., 19 juin 2001, n° 99-42.645, arrêt n° 2962 F-D
En arrêt de travail pendant la période des congés annuels de son entreprise, un salarié se voit refuser la prise de ses congés à son retour dans lentreprise et réclame alors une indemnité compensatrice de congés payés. Pour les juges, cest à juste titre que lentreprise lui refuse car le fait que le salarié nait pas pu prendre ses congés ne résultait pas de lemployeur. Ils relèvent en outre que pendant son arrêt maladie, le salarié avait bénéficié du maintien de son salaire.
CDD Congé parental Requalification
Cass. soc., 4 juillet 2001, n° 99-41.596, arrêt n° 3341 F-D
Le remplacement dune salariée en congé maternité par contrat à durée déterminée constitue une pratique fréquente. Lorsque la salariée fait par la suite savoir à son employeur quelle souhaite bénéficier dun congé parental, cest très logiquement que lentreprise sadresse au remplaçant pour lui demander de rester le temps du congé parental. Cela ne doit pas être fait nimporte comment. Si le premier contrat fait référence au remplacement de la salariée en congé maternité, il est impératif de conclure un nouveau contrat à durée déterminée mentionnant, cette fois-ci, le remplacement dans le cadre du congé parental. Faute dune telle précision, le remplaçant est fondé à demander la requalification de son contrat à durée déterminée (CDD) en contrat à durée indéterminée. Dès lors la rupture survenue au retour de la salariée en congé parental ne sanalysera plus comme une rupture dun CDD dont le terme serait survenu mais comme un licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse.
Modification du contrat Travail à domicile
Cass. soc., 2 oct. 2001, n° 99-42.727 FS-P + B + I
A la suite de la suppression du bureau dun salarié, un employeur demande à lintéressé de travailler depuis son domicile en y faisant installer une ligne professionnelle. Pour la Cour de cassation, une telle requête doit être analysée en une modification du contrat de travail nécessitant laccord du salarié.
Modification du contrat Heures supplémentaires
Cass. soc., 19 juin 2001, n° 99-42.611, arrêt n° 2986 FS-D
Confirmant sa jurisprudence, la Cour de cassation rappelle que limposition dune nouvelle organisation du travail entraînant une diminution du nombre dheures supplémentaires jusque là effectuées par le salarié ne constitue pas une modification du contrat de travail nécessitant laccord du salarié et cela alors même quune réduction de sa rémunération en découle. Pour les juges en effet, le contrat de travail ne garantit nullement laccomplissement dheures supplémentaires. Lanalyse est identique pour la modification des périodes de prise des repos compensateurs, celle-ci nétant pas considérée comme portant atteinte au contrat de travail.
Lien de subordination Association
Cass. soc., 28 juin 2001, n° 99-21.876, arrêt n° 3056 FS-D
Responsables dassociations, demeurez vigilants sur la qualification des relations contractuelles liant votre structure avec des intervenants extérieurs. Dans cette espèce, les juges relèvent que des formateurs exercent leur activité au sein dune association dans le cadre dun service organisé sans avoir le libre choix des stagiaires, dans des locaux et avec du matériel fourni par la structure. Ils observent en outre quelle détermine les modalités dencadrement ainsi que les conditions de travail des intéressés, ces derniers bénéficiant, en contrepartie de leur travail, de différents avantages en nature constitutifs dune rémunération. Dans de telles conditions, la chambre sociale de la Cour de cassation relève, malgré la marge dautonomie reconnue aux formateurs, lexistence dun lien de subordination incompatible avec la qualité de travailleur indépendant (Voir sur ce point H.G BASCOU, J.C RANC, S. DARMAISIN « Assujettissement au régime général » Dieu reconnaîtra les siens, Gazette du Palais, numéro spécial sécurité sociale, janvier 2001) ..
Rupture de période dessai Rupture abusive
Cass. soc., 4 juillet 2001, n° 99-44.469, arrêt n° 3321 F-D
Avant lexpiration de sa période dessai, une salariée refuse daccepter une proposition de lemployeur impliquant lextension de son secteur dactivité ainsi que ladjonction dune clause de mobilité. Tirant les conséquences de ce refus lemployeur met un terme à la période dessai. Pour la Cour de cassation, cette rupture nayant pas pour cause linsuffisance des capacités du salarié, lemployeur a commis un abus dans lutilisation de son droit à résiliation de la période dessai.
Clause de non concurrence Contrat de qualification
Cass. soc., 5 juin 2001, n° 98-45.798, arrêt n° 2617 FS-D
Un employeur peut-il insérer une clause de non concurrence dans un contrat de qualification ? Cest par laffirmative que répond la Cour de cassation, à condition tout de même que la clause soit nécessaire à la protection légitime des intérêts de lentreprise.
Qu'on se le dise
* Dossier explosif : Le préfet de Seine-Maritime a mis en demeure
la direction dune usine dengrais du groupe Total Fina Elf. Sous
peine de voir ses activités suspendues, elle doit sécuriser son
site industriel dans les plus brefs délais.
* A suivre : Le groupe Caisse dEpargne et le comité français
de lUnicef ont annoncé un partenariat pour lutter contre le travail
des enfants. La technique utilisée est celle de la « Sicav Ethique
».
* Serge Gainsbourg sétait illustré en brûlant
devant les caméras un billet de 500 francs. Clin dil au «
poinçonneur des lilas », un décret du 12 octobre 2001 prévoit
que du 1er janvier 2002 au 30 juin 2002, les Pierre et Marie Curie, Gustave
Eiffel, Paul Cézanne et Saint-Exupéry seront détruits par
perforation. A noter que le législateur a oublié denglober
les billets de 20 francs dans le décret. Un texte rectificatif devrait
intervenir dans les prochains jours.
* Le directeur de la Poste de Moselle a été condamné
à une amende de 1524 € soit 10000 francs pour entrave au droit de
grève et à verser la même somme à titre de dommages-intérêts
au syndicat FO. Il avait eu recours à du personnel intérimaire
pendant une grève.
Le livre du mois
Le livre du mois est dactualité : « LEuro et lentreprise, 2002 et après ». Réalisé par Thierry Warin, professeur déconomie européenne et internationale, louvrage se penche sur les incidences à long terme de lintervention de leuro dans lentreprise. Utile pour préparer les échéances à venir.
Th. Warin, LEuro et lentreprise, 2002 et après, Litec, 2ème éd., 18,14 €