Cabinet Bascou-Ranc
BULLETIN RAPIDE N° 23
07/2001
La décision du mois
Lopposabilité et la portée dun document qui reprend les engagements unilatéraux de lemployeur
Cass. soc., 2 mai 2001, TAT European Air Lines c/ Nicolas, arrêt N° 1814 FS-P+B
Il arrive parfois, au moment de la signature du contrat de travail, quun livret dentreprise soit remis au salarié. Cest précisément cette pratique qui est à lorigine de larrêt du 2 mai 2001. Dans cette espèce, un salarié embauché en 1973 signe, en même temps que son contrat de travail, un « livret bleu » mentionnant les engagements unilatéraux de lemployeur. Le contrat de travail fait lui-même allusion à ce texte en indiquant quil est remis à titre de renseignements. Plusieurs années après, le salarié licencié demande à bénéficier dune disposition contenue dans ce livret, à savoir, une indemnité de licenciement très avantageuse. La société sy oppose en soutenant que le contenu de ce livret a été remis en cause par la signature en 1978 dune convention collective du personnel technique navigant (PNT). La Cour dappel dAix en Provence considère être en présence dune contractualisation dengagements unilatéraux du seul fait de la signature lors de lembauche du livret dentreprise. La Cour de cassation ne va pas suivre la Cour dappel dans son analyse. On se souvient dune précédente décision, commentée dans ces colonnes, à loccasion de laquelle la Chambre sociale avait précisé que :
« la remise au salarié, lors de son embauche, dun document reprenant les usages et engagements unilatéraux de lemployeur na pas pour effet de contractualiser les avantages qui y sont inscrits » (Cass. soc., 11 janv. 2000, IBM c/ Loussier).
Dans larrêt du 2 mai 2001, la Cour de cassation confirme :
« La remise au salarié, lors de son embauche, dun document mentionnant les engagements unilatéraux de lemployeur, fût-il mentionné au contrat de travail à titre de renseignements sur le statut collectif de lentreprise, na pas pour effet de contractualiser les avantages qui y sont décrits. Doù il suit quen statuant comme elle la fait, alors que les dispositions du livret ( ) remis au salarié lors de son embauche procédaient dun engagement unilatéral de lemployeur qui avait été mis en cause par la convention collective du personnel navigant technique de mars 1978, la Cour dappel a violé les textes susvisés ».
Cette prise de position permet, tout de même, de rappeler la prudence dont lemployeur doit faire preuve lorsquil entend communiquer une charte dentreprise aux nouveaux embauchés.
Le livre du mois
Le droit du travail est parfois dune complexité déroutante. Lune des qualités de louvrage de Madame Puigelier est de parvenir à lier le souci de précision et de clarté.
Catherine Puigelier, Droit du travail, Les relations individuelles, Armand Colin, Coll. Compact, 3ème éd.
Les chiffres du mois
* 13,6 % : Cest le nombre de salariés qui, en juillet
2000, bénéficiaient du Smic horaire ou de la garantie mensuelle
de rémunération.
* 43,72 F ou 6,67euros : Cest le montant du SMIC horaire à
compter du 1er juillet 2001. Le relèvement du SMIC saccompagne
de la revalorisation de la garantie mensuelle de rémunération
de 2,85 %. « Ce dispositif permet aux salariés payés au
SMIC, dont lhoraire de travail a été réduit, de bénéficier
du maintien de leur rémunération antérieure. Il concerne
également les salariés embauchés au SMIC sur un emploi
équivalent ».
* 19,11 F ou 2,91euros : Cest le minimum garanti à compter
du 1er juillet 2001.
* 30434 : Cest le nombre daccords dentreprises conclus
en 2000.
Actualité jurisprudentielle
URSSAF Devoir dinformation
Cass. soc. , 31 mai 2001, n° 2328 FS-PB
Nous avons déjà eu loccasion de souligner que les organismes sociaux pouvaient voir leur responsabilité civile engagée en cas de faute de leur part. Larrêt du 31 mai 2001 illustre parfaitement cette situation. Les juges ont considéré que le défaut dinformation pour une URSSAF relatif aux conséquences dune absence de déclaration dembauche, à savoir, la perte du droit à exonération constitue un manquement sanctionnable. Toutefois, il ne fait pas obstacle à la remise en cause de lexonération, mais permet de solliciter des dommages-intérêts.
(H.G BASCOU, J.C RANC, S. DARMAISIN De la responsabilité des organismes sociaux » Gaz. Pal numéro spécial sécurité sociale 10-11 janvier 2001)
Formation Refus du salarié
Cass. soc., 20 juin 2001, n° 99-44.378, Khemili c/ Sarl Brunechay
Un salarié refuse, sans motif légitime, de participer aux séances de formation organisées par lemployeur. Relevant que son contrat de travail na nullement été modifié, les juges considèrent que cest à juste titre que lemployeur a pu user de son pouvoir disciplinaire et, au cas despèce, licencier le salarié.
Loyauté Suspension du contrat de travail
Cass. soc., 10 mai 2001, n°99-40.584 F.P SA Metropolight C/ Harter
Le fait pour un salarié deffectuer une formation au sein dune société concurrente de son employeur constitue un manquement à son obligation de loyauté. Il y est tenu même pendant la suspension de son contrat de travail, à défaut il commet une faute.
Longue maladie Licenciement
Cass. soc., 5 juin 2001, n° 99-42.574, SA Ponsard c/ Dutheil
La longue maladie peut justifier un licenciement en raison du trouble causé dans le fonctionnement de lentreprise, les juges apprécient strictement cette possibilité. Lorsque labsence peut être palliée par lembauche dun salarié en contrat à durée déterminée, ils considèrent quil ny a pas la nécessité de pourvoir au remplacement définitif du salarié.
Participation Erreur
Cass. soc., 5 juin 2001, n° 2612 FS-P
Petite précision intéressante : lorsquune entreprise répare
spontanément la perte subie par les salariés du fait dune
erreur de calcul de la réserve spéciale de participation, tous
les salariés doivent bénéficier de cette régularisation
y compris ceux ayant quitté lentreprise entre temps.
Assiette CSG CRDS
Cass. soc., 26 avril 2001 n°99-18 ;773 FS.P SNC Gemey Paris C/ URSSAF Loiret
Les sommes allouées au titre de lintéressement et de la participation à des apprentis entrent dans lassiette de la CSG et de la CRDS.
Avantage en nature
Cass. soc., 11 mai 2001, n° 99-21.534, n° 2031 FS-D
Une URSSAF réintègre dans lassiette des cotisations la valeur représentative des repas pris par trois éducateurs de jeunes enfants travaillant dans une crèche. A tort pour la Cour de cassation : les salariés étant tenus de demeurer en permanence avec des enfants en bas-âge qui doivent être assistés pour leur déjeuner, la fourniture de repas pris dans laccomplissement même de leur travail éducatif et de surveillance correspond à une charge spéciale inhérente à lemploi et ne constitue pas un avantage en nature soumis à cotisations.
(H.G BASCOU, J.C RANC « La nécessaire réforme des frais professionnels réflexions, propositions » Gaz. Pal numéro spécial sécurité sociale, nov 1999)
Absence injustifiée
Cass. soc., 24 avril 2001, n° 99-42.585, n° 1624 F-D
Confirmant une jurisprudence constante, la Cour de cassation rappelle que la seule absence de justification de la prolongation dun arrêt maladie, même à la demande de lemployeur, ne peut motiver le licenciement pour faute grave dun salarié alors que lentreprise avait été informée quelques semaines plus tôt par la remise de larrêt de travail initial
Actualité législative et règlementaire
Relation avec ladministration
Plusieurs décrets dapplication de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ont été publiés au journal officiel.
Les thèmes abordés sont notamment :
- le régime juridique des décisions implicites de rejet :
Sauf disposition contraire, le silence gardé par ladministration pendant plus de deux mois par lautorité compétente vaut décision implicite de rejet. Le décret du 20 juin 2001 prévoit des dérogations au délai de deux mois en matière demploi, de formation professionnelle, de travail et de sécurité sociale.
(D. n° 2001-532 du 20 juin 2001, JO du 22 juin 2001, p. 9891)
- laccusé de réception :
Les mentions que doit comporter laccusé de réception dont fait lobjet une demande adressée à une autorité administrative « sauf deux exceptions » sont modifiées.
(exemple de mentions : la date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut dune décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; le type de décision à laquelle la demande peut donner lieu : décision implicite de rejet ou décision implicite dacceptation. Dans le premier cas, laccusé de réception mentionne les délais et voies de recours à lencontre de la décision. Dans le second cas, il précise la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer une attestation ).
(D. n°2001-492 du 6 juin 2001 J.O 7.6).
- laccès aux documents administratifs :
Les modalités daccès aux documents administratifs sont également modifiées.
Cet accès sexerce :
. par consultation gratuite sur place, sauf si la présentation du document ne le permet pas ;
. par la délivrance dune copie aux frais du demandeur, sous réserve que la reproduction ne nuise pas à la conservation du document.
Cette copie peut être obtenue sur papier, sur un support informatique identique à celui utilisé par ladministration ou par messagerie électronique.
(D n°2001-492 du 6 juin 2001 J.O 10.6)
Preuve du contrat
A compter du 1er janvier 2002, un écrit ou un commencement de preuve par écrit sera exigé au-delà de 800 euros. Les contrats de travail sont bien évidemment concernés par cette mesure.
D. n° 2001-476 du 30 mai 2001, JO 3-6, p. 8886.
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On en parle
Simplification du langage administratif
Dans le souhait daméliorer les relations avec ladministration, un Comité dorientation pour la simplification du langage administratif (Cosla) vient dêtre institué. Il est chargé de formuler des propositions concrètes pour améliorer la qualité du langage administratif et de suivre leur mise en uvre par le gouvernement.
Arr. 2 juill. 2001, JO du 3 juill., p. 10624
Projet de loi de modernisation sociale
Le projet de loi de modernisation sociale restera en suspens jusquau 9 octobre 2001, date de reprise des débats parlementaires. Ce texte contient différentes mesures qui vont de la lutte contre le travail précaire à la prévention du harcèlement moral en passant par la prévention des licenciements économiques.
Quon se le dise
* Féroce : Un lion du Safari Parc de Peaugres a quitté
son enclos et sest retrouvé dans un sas de sécurité
à lentrée du parc. La direction envisage le licenciement
de quatre soigneurs suspectés de négligences !
* LONU mesure chaque année lespérance de vie
dans près de 162 pays. La Norvège arrive en-tête, la France
en 13ème position.
* 30 minutes : Cest le temps que devraient prendre, selon le Ministre
de lEconomie Laurent Fabius, les démarches pour la création
dune entreprise. Il y a encore des progrès à faire !
* Yaourt (suite) : les animateurs du site « Jeboycottedanone »
ont finalement été condamnés à payer chacun 60 000
francs de dommages intérêts à la compagnie Gervais-Danone
et à supporter le coup de la publication de cette condamnation dans trois
journaux.
* Une charte destinée à sensibiliser les personnels des
grands hôtels aux cas « desclavage domestique » dont
ils seraient témoins vient dêtre signée entre le syndicat
français de lhôtellerie, le comité contre lesclavage
moderne et le secrétaire dEtat au tourisme.
Le site internet du mois
Le site internet du mois est un site portail. En effet, à ladresse
www.laportedudroit.com , linternaute trouvera une liste très complète
des sites juridiques classés par thèmes. Interface séduisante,
utilisation intuitive : un site à bookmarquer absolument.