Cabinet Bascou-Ranc
BULLETIN RAPIDE N° 12
07/2000
La décision du mois
CA Nancy, 9 juin 1999, ch. soc., NURDIN c/ SA des Transports Maury
Cest une histoire comme il en arrive tous les jours dans les entreprises. Elle met en scène une secrétaire de direction chargée de la gestion du personnel et de la tenue des fiches de paie. Elle règne en « maître des lieux » jusquau jour où, par souci defficacité ou peut être aussi pour ne pas concentrer plusieurs tâches vitales à lentreprise dans les mains dune même personne, lemployeur décide de ventiler les travaux de paie en retirant la fonction de saisie de la paie à la secrétaire de direction pour la confier à une autre personne. Lintéressée voit laffaire dun très mauvais il, estimant que lon porte à la fois atteinte à son autorité et à sa dignité. Blessée par ce quelle pense être un acte de défiance, elle apprend avec consternation quelle devra en outre partager son bureau avec une employée travaillant à mi-temps. Il ne lui en fallait pas plus pour porter laffaire devant les prudhommes estimant que de telles mesures portent atteinte à la substance de son contrat et que lemployeur ne pouvait pas lui imposer un tel changement sans quelle nait donné son accord. Les juges ne vont pas lentendre ainsi. Analysant en détail les différents aspects de la prétendue modification du contrat de travail, la Cour dAppel de Nancy relève que lintéressée a conservé la responsabilité des travaux de secrétariat liés à la gestion du personnel et que le seul retrait de lactivité saisie de la paie naffectait ni sa rémunération, ni sa qualification, ni ses horaires de travail. Sur le plan matériel, les juges relèvent également quil ny a aucune modification de la substance du contrat dans le fait daffecter une personne dans un bureau quelle partagera avec un autre salarié alors quelle disposait initialement dun bureau individuel.
La décision est claire mais le sujet est complexe et les nuances à saisir notamment entre la modification du contrat et des conditions dexercice nécessitent lanalyse dun spécialiste.
Les chiffres du mois
SMIC au 1.07.00 : 42,02 f soit 6 373,17 f pour 151,64 h ; 7 101,38 f pour 169 h (revalorisation + 3,2 %)
Garantie mensuelle de rémunération :
- avant le 1er juillet 2000, pour les salariés qui sont passés de 39 à 35 h ou embauchés sur un poste équivalent : 6 981,46 f dont un complément différentiel de 608,29 f (revalorisation + 1,45 %) ;
- depuis le 1er juillet 2000, pour les salariés qui sont passés de 39 à 35 h :
7 101,38 f dont un complément différentiel de 728,21 f.
Minimum garanti : 18,70 f (revalorisation + 1,3 %).
Le livre du mois
Les chefs dentreprise nen ont pas fini avec les 35 heures. Dans la perspective des négociations impératives dans les petites entreprises, louvrage « Négocier la réduction du temps de travail » de Michel Miné savère très utile. Cette seconde édition comporte en outre de précieuses indications sur le règlement des conflits relatifs à lapplication des 35 heures dans les entreprises de plus de 20 salariés.
(Négocier la réduction du temps de travail, Michel Miné, éd. de lAtelier, 445 pages, 150 F)
spécialiste.
Actualité législative et réglementaire
Détachement de salariés en France
Lorsquun travailleur est détaché pour une période limitée, dans le cadre dune prestation de services et par une entreprise établie dans un autre État membre de la Communauté européenne, les contestations relatives aux droits reconnus par larticle L 341-5 du Code du travail (rémunération, durée du travail, conditions de travail) peuvent être portées devant le conseil de prudhommes dans le ressort duquel la prestation seffectue ou a été effectuée. A noter que si la prestation seffectue ou a été effectuée en des lieux situés dans le ressort de plusieurs conseils de prudhommes, ces contestations peuvent être portées devant lune quelconque de ces juridictions.
D. n° 2000-462 du 29 mai 2000, JO du 31 mai, p. 8164
Régime fiscal des indemnités de rupture
Une instruction fiscale du 31 mai 2000 vient commenter le nouveau régime fiscal des indemnités de rupture du contrat de travail issu de la loi de finances pour 2000.
Le principe général posé par larticle 80 duodecies nouveau du code général des impôts est celui de lassujettissement à limpôt sur le revenu de lensemble de ces indemnités, assorti dexceptions tenant à la nature ou au montant des indemnités versées.
Larticle 2 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2000 est le pendant du nouveau régime fiscal.
Ex : indemnité de licenciement « autres que les indemnités pour licenciement abusif ou irrégulier » (hors plan social), au titre de limpôt sur le revenu, la taxe sur les salaires et les cotisations de sécurité sociale, lexonération est acquise dans la limite la plus élevée :
- du montant légal ou conventionnel, sans limitation ;
- de 50 % de lindemnité totale ou du double de la rémunération annuelle brute de lannée civile précédente, sans excéder 2,35 MF (en 1999 et 2000).
35 heures Bilan
Deux ans déjà de réduction du temps de travail. 203 633 emplois ont été créés ou préservés depuis la Loi du 13 juin 1998, 3 578 897 salariés sont concernés.
On en parle
- Un projet de loi visant à instaurer un congé pour parents denfants malades et une nouvelle prestation familiale (allocation de présence familiale) est à létude. Il sagit daider les parents contraints de cesser ou de réduire leur activité professionnelle pour soigner un enfant malade ou accompagner un proche en fin de vie.
- Le projet de loi de modernisation sociale dont nous avons évoqué les grandes lignes le mois dernier a pris du retard et ne devrait être examiné quà la prochaine session parlementaire.
Actualité législative et réglementaire
Directeur commercial - Contrat de travail
CA Grenoble, 13 décembre1999, SA Hydrologic c/ Barbey et autres
La qualification de contrat de travail implique lexistence dun lien de subordination se manifestant notamment par lexistence dun contrôle hiérarchique. Peut être ainsi considéré comme titulaire dun contrat de travail, le directeur commercial membre du comité de direction qui, bien que disposant dun très haut niveau de qualification et dune très large autonomie dans lexécution de son travail, reste sous le contrôle hiérarchique du PDG comme en atteste une note émanant de ce dernier lui fixant différentes missions à accomplir et une lettre lui proposant une réduction de salaire en raison de la nécessité de réduire la masse salariale.
CDD - Travail saisonnier
CA Rouen, 7 décembre 1999, SA La Grande Récré c/ Ansart
Noël en décembre, cest du domaine de lévidence. Est un accroissement dactivité prévisible, laugmentation des ventes au mois de décembre pour une entreprise de jouets. Le caractère cyclique régulier de cette augmentation dépend des modes de vie collectifs et non de la volonté de lemployeur. Le contrat à durée déterminée dont bénéficiait le demandeur était bien un contrat saisonnier ce qui exclut le versement de lindemnité de fin de contrat.
Annulation de la clause contractuelle de préavis
CA Versailles, 20 janvier 2000, Thomas Castelnau c/ Guillou et autres
Certains salariés parviennent parfois à négocier des préavis de départ particulièrement longs. Cette pratique est admise pour autant quelle ne constitue pas un obstacle au droit de résiliation de lemployeur. Partant de ce principe, les juges annulent une clause contractuelle dun avenant au contrat de travail prévoyant le bénéfice dun préavis de 12 mois alors que le préavis conventionnel était de 3 mois et surtout, que rien dans la situation du salarié ne justifiait un tel allongement du préavis.
Salarié protégé - Nullité du licenciement
Cass. soc., 6 juin 2000, Sambardier c/ Prolyac
Un salarié protégé illégalement licencié a droit, sil ne réclame pas sa réintégration, à une indemnité réparant latteinte portée à son statut protecteur. Cette indemnité est égale au montant des salaires quil aurait perçus depuis la date de son éviction jusquà la fin de sa protection. Il en résulte que si un délégué syndical licencié sans autorisation de linspecteur du travail ne demande pas sa réintégration, il peut prétendre au versement dune indemnité correspondant à la période de protection prévue par larticle L 412-18 al. 4 du Code du travail soit douze mois de salaire à compter de son éviction de lentreprise.
CDD - Requalification
Cass. soc., 14 juin 2000, Forneri (Dick Rivers) c/ Radio Monte Carlo
Larticle L 122-3-10 du Code du travail dispose que si une relation contractuelle se poursuit à lexpiration du terme dun contrat, celui-ci devient un contrat à durée déterminée. Ainsi dès linstant que la relation de travail se poursuit à lexpiration du terme dun contrat de travail à durée déterminée, sans signature dun nouveau contrat à durée déterminée et quelle que soit la nature de lemploi occupé , le contrat de travail devient un contrat à durée indéterminée et cela même si, ultérieurement, un nouveau contrat à durée déterminée est signé.
Insuffisance professionnelle
Cass. soc., 9 mai 2000, Daluz c/ SA Rosi
Un salarié engagé en qualité de responsable informatique de production est licencié pour faute grave en raison de son insuffisance professionnelle. La Cour de cassation rappelle que si linsuffisance professionnelle peut constituer une cause réelle et sérieuse de licenciement, il ne sagit nullement dune faute disciplinaire, cette dernière imposant un acte volontaire. La référence, dans la lettre de licenciement, à la faute grave et à linsuffisance professionnelle constitue donc une erreur danalyse qui prive la rupture du contrat de cause réelle et sérieuse.
Cotisations sociales - Prescription
Cass. soc., 11 mai 2000, SA Entreprise Malet / URSSAFdes Hautes Pyrénées
Une mise en demeure délivrée par une URSSAF ne peut concerner que les cotisations exigibles dans les trois années qui précèdent leur envoi. La date qui fait courir ce délai est la notification par voie postale, cest-à-dire, à légard de celui à qui elle a été faite, sa date de réception. En lespèce, la Cour de Cassation retient que le délai naurait dû être décompté quà partir de la mise en demeure notifiée à la société, de sorte quantérieure de plus de trois ans à lenvoi de la mise en demeure, la créance de lURSSAF était prescrite.
Congés payés - Usage
Cass. soc., 16 mai 2000, Sté CMP Kleber industrie c/ Bondoux
Concernant la 5ème semaine de congés payés, un usage dentreprise peut fixer la date à laquelle celle-ci doit être prise. Il en est ainsi dans une entreprise où, depuis 1982, la cinquième semaine était prise la dernière semaine de lannée. Tant que cet usage na pas fait lobjet dune dénonciation, lentreprise est tenue de le respecter sous peine de se voir condamnée à verser des indemnités aux salariés en raison du préjudice subi.
Modification de lhoraire - Cadre
Cass. soc., 16 mai 2000, Haselbauer c/ SA Goldenberg
Sans remettre en cause la durée prévue au contrat, un employeur demande à son salarié engagé en qualité de directeur administratif et financier pour un horaire allant du lundi 7 h 30 au vendredi 12 heures dêtre présent le vendredi après-midi. Pour les juges, et sagissant dun cadre dirigeant de lentreprise, un tel changement de lhoraire de travail ne constitue pas une modification du contrat de travail. En refusant de sy soumettre, le salarié a bien commis une faute disciplinairement sanctionnable.
Reçu pour solde de tout compte
Cass. soc., 16 mai 2000, Miosotti c/ SA Seete
Lacte intitulé « reçu pour solde de tout compte » visant une somme globale, en labsence de toute précision sur les éléments de rémunération et / ou dindemnisation quelle concerne, ne constitue pas un reçu pour solde de tout compte mais simplement un reçu de la somme qui y figure.
Durée du travail - Sanctions pénales
Cass. crim., 8 fev. 2000, B.
Un chef dentreprise transports routiers » a été déclaré coupable de dépassement à la durée maximale de travail commis par ses salariés au motif :
- quil navait pas rapporté la preuve davoir informé ses salariés du contenu de la réglementation ;
- de leur avoir donné les instructions nécessaires aux fins de la respecter ;
- de sêtre assuré de sa constante application.
Le chef dentreprise a été condamné à 11 amendes correspondant aux 11 dépassements à la durée quotidienne maximale du travail.
Quon se le dise
- Dégraissage. Colette Dessaint, maire de Masnière (Nord) vient dêtre hospitalisée après 16 jours de grève de la faim pour protester contre un projet de suppression de 223 emplois dans une verrerie de sa commune.
- Pour la première fois, le 30 mai dernier, le Tribunal Administratif de Marseille a jugé que lÉtat était responsable des conséquences dommageables du décès de quatre personnes contaminées par lamiante. Le Tribunal invoque « retard fautif pris par lÉtat à édicter des normes plus sévères quant à linhalation des fibres damiante en milieu professionnel ». Il précise qu « il ne peut être soutenu quau moins pendant la période du 30 septembre 1983 au 27 mars 1987 les pouvoirs publics français navaient pas connaissance du risque que faisait courir aux personnes exposées le maintien de la réglementation en vigueur ».